Là où les mots m’ont menée – Semaine 1 du challenge Kobo writing life
- Natacha Dekoninck
- 8 nov. 2025
- 4 min de lecture

Chaque jour, un mot, une consigne, une respiration.
Quand j’ai décidé de me lancer dans le challenge Écrire avec Kobo Writing Life, je ne savais pas vraiment ce que j’allais y trouver : un simple jeu d’écriture ? Au fil des jours, les mots se sont transformés en miroirs. Ils ont réveillé des émotions, des souvenirs, parfois même des fragments de moi que je croyais endormis.
Voici donc le récit de cette première semaine, entre introspection, poésie et un brin de fantaisie. Mais d'abord place aux mots et aux consignes.
Jour 1 : Vestige. Le texte doit être raconté du point de vue d’un vestige (au sens propre ou figuré). L’objet peut être réel (ruine, bijou, lettre...) ou symbolique (souvenir, relation, promesse...)
Jour 2 : Pardon. Inclure du discours direct (un dialogue, un monologue, une citation...). Autrement dit, on veut entendre vos personnages parler !
Jour 3 : Catimini. Écrire en jouant, le plus possible, sur l’assonance en « i ».
Jour 4 : Greloter. Mettre en scène une rencontre décisive.
Jour 5 : Olibrius. En plus du mot imposé, votre texte doit intégrer une phrase empruntée à une composition écrite hier par un autre participant de votre choix.
Jour 6 : Coléoptère. Écrire dans le genre du conte fantastique.
Jour 7 : Éponge. Décrire un lieu principalement grâce aux odeurs.
Quand l’amour devient souvenir.
Le temps a passé et pourtant j’ai parfois l’impression de m’être arrêté. Je ne palpite plus au doux parfum du Vétiver, ni au détour d’un regard ténébreux. Se pourrait-il qu’un étau enserre ses ventricules, les empêchant de se gonfler de sang et de battre le tempo de l’Amour. Ou ne suis-je plus que le vestige d’un doux souvenir disparu. Un spectre cotonneux évaporé à jamais, aux relents d’une musique qui a cessé de vibrer la passion.
— Je te demande pardon !
— Tu me demandes pardon, mais de quoi ?
— D’avoir oublié de battre. Oublié de vibrer la magie du bonheur d’aimer…
— Tu n’as pas à me demander pardon pour ça… Tu n’as rien oublié, c’est moi qui ne voulais plus vibrer, de peur de souffrir de nouveau. Tu n’as rien oublié, c’est moi qui ai tout fait pour t’étouffer, oubliant au passage de te laisser battre pour m’aimer, moi.
— Alors pardonnons-nous. Et apprenons à battre à nouveau sur un même tempo.
Fuir, guérir, rebâtir – tout se dit, tout s’oublie, en catimini.
J’aurais pu rire quand tu a fui, de ma vie, en catimini. Mais que nenni, le rire a fui lui aussi, en ta compagnie. Laissant un ciel gris se déverser sur mon visage dilué des pluies d’infamie ressentie par ta fuite. Celle qui a ouvert la fuite sans limite de mon cœur sur mes cils. Mon cœur ravi par un amour infini goûtait sans limites aux insomnies de mes nuits infinies.
Depuis, j’ai choisi, après une thérapie, de vivre en catimini de mon cœur en fuite.
Quand je pense à ces dernières années, je regarde avec fierté le chemin parcouru. J’aurais pu continuer à grelotter de peur face à la solitude d’une vie sans amour, mais non. Après ce deuil difficile, j’ai retroussé mes manches et ai osé ce que je n’avais encore jamais fait depuis plus de quarante années : penser à moi. Ouvrir mes yeux sur tout l’amour que je pouvais m’apporter ainsi que celui que mes proches distillaient dans ma vie. La solitude frappe parfois à ma porte, mais il ne tient qu’à moi de l’inviter dans mon existence. Ces jours-là, je joue la morte derrière ma porte, pour qu’elle s’éloigne et je retrouve avec bonheur mes pinceaux, mes livres ou mon clavier. Ma créativité est la plus belle rencontre de ma vie.
Ce chemin n’a pas été un long fleuve tranquille. Plus d’une fois, je n'ai pas choisi la bonne porte. Non, je n'ai pas choisi la bonne porte… À plusieurs reprises. Parfois en sachant que ce n’était pas la bonne. Me persuadant alors, qu’avec un peu d’huile de coude, un bon ponçage et une belle couleur, j’arriverais à en tirer quelque chose. Mais quelle chose ? Aurait-il alors fallu que je le sache moi-même…
L’univers, cet olibrius facétieux s’amusait à me ramener vers ces «mauvaises» portes, ou s’évertuait à ne pas m’en donner les clés. Je restais alors désarmée devant cette sempiternelle répétition de choix malencontreux à effectuer.
Puis un jour, mon corps blanchâtre et mou, tel une larve, a rampé dans un coin sombre. Tissant en douceur autour de ma rancœur avec un fil de soie. Puis un matin, l’air de rien, métamorphosée en nymphe puissante, je déchirai mon cocon grisâtre et étroit, laissant apparaître deux ailes habillées d’un fourreau coloré et solide comme un roc.
Ce jour-là, je pris mon envol, lumineuse, rayonnante d’une aura enfin débusquée, oubliant le minuscule coléoptère auquel je n’avais fait que m’identifier jusqu’alors.
Assise face à mon ordinateur, je me connecte à cet extrait lu trois fois, pour m’en imprégner. D’un coup, l’odeur de la pizza imprègne l’espace de mon bureau. Un je ne sais quoi de zeste de citron se faufile jusqu’à moi. Ça y est, je suis dans les ruelles colorées de Procida. Ah, ce voyage !
Un moment de lecture et mon être métamorphosé s’est retrouvé plongé dans mes souvenirs hauts en couleur de cette île, avant que je ne l’efface d’un coup d’éponge, revenant ici et maintenant, laissant juste une trace parfumée de mon voyage olfactif autour de mon ordinateur.
Rendez-vous samedi prochain pour la semaine 2.

Commentaires